C'était un France-Brésil. Ce jour-là a changé sa vie. Deux buts de la tête, en finale de la Coupe du Monde a transformé l'existence de Zinédine Zidane. Jusque là, son Mondial avait été correct, sans plus. Une expulsion face à l'Arabie saoudite avait même failli lui gâcher cette fête. Trop nerveux, Zizou maîtrise mal ses nerfs à fleur de peau. Mais Aimé Jacquet lui a confié les clés de la sélection en 1996 malgré un accident de voiture qui l'empêche d'être à 100%. Aimé Jacquet attend de lui qu'il lui rende cette confiance. Montant en puissance, Zidane a besoin de marquer pour justifier le blanc-seing de Jacquet.
Laurent Blanc vient le voir à Clairefontaine. Les paroles du « président » suspendu pour France-Brésil résonnent. Le défenseur lui demande de faire la différence. « Il faut que tu sois grand. » Zizou saisit le message. Être grand ne veut pas dire enchaîner les dribbles comme il l'avait fait pour le plaisir du public marocain avant le Mondial en amical. S'il veut à nouveau entendre le stade s'enflammer à coups de « Zizou, Zizou », le numéro 10 des Bleus doit être efficace. Trouver la faille, marquer et faire marquer. Et surtout aborder le match tranquillement. Difficile pourtant quand la France entière vous attend. Dans l'après-midi de ce dimanche, Zizou monte dans le bus, à l'arrière. Et là tout se joue.
Zinédine Zidane se retourne et aperçoit cette masse humaine, ces enfants, ces grands-mères sur le bord de la route. Cet enthousiasme le remplit d'une force énorme. Ecouteurs sur les oreilles, il s'imprègne de cette atmosphère. Dans sa bulle, il s'isole. Presque machinalement tout s'enchaîne. La causerie de Jacquet revient comme un écho dans son crâne. « Les Brésiliens ne font pas de marquage strict sur les corners et coups de pied arrêtés. » Dans les couloirs du Stade de France, Zidane apprend que Ronaldo risque de ne pas jouer, mais reste concentré. Rien ne le fera sortir de son match.
« Ce que je me souviens, c'est surtout cette fête, il n'y avait pas de blanc, pas de noir, tout le monde était ensemble. Je suis revenu en équipe de France pour vivre ces moments-là » nous a expliqué Zizou. France-Brésil du 12 juillet, Zinédine Zidane n'a plus la même vie depuis, mais ne s'en plaint pas : « Ca fait partie du truc. » Et Zidane de se muer en interviewer : « Et toi, tu faisais quoi le 12 juillet 98 ? Toi aussi quelque part ça a changé ta vie un peu. » Il y a eu un avant et un après France-Brésil 98. « C'était il y a huit ans, tu te rends compte ? Huit ans ! » Ce 1er juillet, Brésiliens et Français se retrouveront dans un Mondial. Zizou espère du positif de cette confrontation avec un espoir : que le 9 juillet remplace le 12 juillet dans les c½urs.

